Inconsolable

Samedi 27 décembre 2008
Cette femme qui brode juste là devant moi est semblable à un sphinx dont j'ignore tout des pensées.
Je perçoit bien qu'elle s'est retirée au plus profond d'elle-même, et je n'ose troubler ce moment d'intimité mais pourtant l'idée me taraude : "à quoi pense-t-elle ?" ... à la prochaine croix qu'elle posera sur la toile, à son prochain ouvrage, au pain (y en aura-t-il assez pour ce soir ?) ou à lui ?
J'ai envie de parler pour briser cette intolérable relation intime supposée, fantasmée, ce fil invisible qui la relie à l'absent, à cet absent si présent.
Elle se tient là, au bord de ce grand trou noir dans laquelle elle s'est perdue, un jour, emmenant avec elle toutes mes illusions, mon insouciance et autour duquel elle continue de rôder l'espoir au coeur.
Comment imaginer que sous ces dehors calmes et paisibles couve un feu qui la dévore, une passion qui l'engloutit.
Insondable est la femme qui brode et son mystère itou.
Passe ton chemin dit la petite voix à l'intérieur, tout cela n'est pas pour toi.
Par Bille
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Mercredi 9 janvier 2008
Oui, je sais, je ne suis pas le seul. Y a plein de gens qui n'aiment pas ce jour là.
En fait, ça dépend un peu du programme de la journée. Mais quelque soit l'activité et l'excitation qu'elle procure, la vue des rues vides, le flot des bagnoles qui fuient la ville, les bruits de la ville qui sont différent des autres jours, tout peut peser sur mon moral.
Au jeu du portrait chinois, je dirais que dimanche, c'est poésie, musique classique et onanisme tandis que la semaine, c'est roman policier, rock'n roll et partouze avec des suédoises blondes à forte poitrine.
Bon, ben c'est l'heure de la poésie... pour me rattrapper... va-z-y Pablo, toi qui sait leur z-y parler, aux gonzesses, sors moi de ce mauvais pas.
Je peux écrire les vers les plus tristes cette  nuit.
Écrire, par exemple: "La nuit est étoilée et les astres  d'azur tremblent dans le lointain."
Le vent de la nuit tourne dans le  ciel et chante.
Je puis écrire les vers les plus tristes cette  nuit.
Je l'aimais, et parfois elle aussi elle m'aima.
Les nuits  comme cette nuit, je l'avais entre mes bras.
Je l'embrassai tant de fois sous  le ciel, ciel infini.
Elle m'aima, et parfois moi aussi je l'ai  aimée.
Comment n'aimerait-on pas ses grands yeux fixes.
Je peux  écrire les vers les plus tristes cette nuit.
Penser que je ne l'ai pas.  Regretter l'avoir perdue.
Entendre la nuit immense, et plus immense  sans elle.
Et le vers tombe dans l'âme comme la rosée dans  l'herbe.
Qu'importe que mon amour n'ait pas pu la retenir.
La nuit  est pleine d'étoiles, elle n'est pas avec moi.
Voilà tout. Au loin on  chante. C'est au loin.
Et mon âme est mécontente parce que je l'ai  perdue.
Comme pour la rapprocher, c'est mon regard qui la  cherche.
Et mon coeur aussi la cherche, elle n'est pas avec  moi.
Et c'est bien la même nuit qui blanchit les mêmes  arbres.
Mais nous autres, ceux d'alors, nous ne sommes plus les  mêmes.
je ne l'aime plus, c'est vrai. Pourtant, combien je  l'aimais.
Ma voix appelait le vent pour aller à son oreille.
A un  autre. A un autre elle sera. Ainsi qu'avant mes baisers.
Avec sa voix, son  corps clair. Avec ses yeux infinis.
je ne l'aime plus, c'est vrai,  pourtant, peut-être je l'aime.
Il est si bref l'amour et l'oubli est si  long.
C'était en des nuits pareilles, je l'avais entre mes bras
et  mon âme est mécontente parce que je l'ai perdue.
Même si cette  douleur est la dernière par elle
et même si ce poème est les derniers vers  pour elle.
Pablo Neruda.
Par Bille
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