Mardi 25 mars 2008
...que non seulement les sites internet, mais aussi la radio et la télé parlent de l'affaire, je me sens plus libre d'en parler.

C'est Pierre qui fin février, m'a donné le bout d'enveloppe griffonné, il est stewart chez Air France. Le papier était coincé entre deux sièges de seconde classe.

Je m'appelle Brnzko, je suis Broldave, militant politique, j'ai fui mon pays et trouvé réfuge en France il y a deux ans. Ma situation est délicate, je n'ai pas de papiers. Jouer à cache cache avec la police, trouver un travail au noir, me loger provisoirement, tout cela m'épuise. Aussi lorsque cet homme m'a proposé le job, j'ai evidement accepté sans regimber. Il m'avait abordé à deux pas de la tente des restaus du coeur. Il cherchait visiblement quelque chose. Ou plutôt quelqu'un.
Ce qu'il m'a proposé paraissait très simple. J'ai accepté, avais-je le choix ? On m'a emmené dans une grosse voiture aux vitres noires vers un grand bâtiment, dont l'entrée était gardée par des vigiles. La voiture ne s'est presque pas immobilisée, la barrière était ouverte. Les vigiles ne nous ont même pas regardés. Je n'ai pu réprimer un frisson. Le type a posé sa main sur mon bras.
A l'intérieur, une foule de types bien habillés, oreillette bien visible, trés affairés, personne ne fait attention à nous. Je reprend mes esprits. C'est à moi. Dans la voiture, pendant le trajet, le type m'a expliqué. Ca a l'air tout simple et de toutes façons, il restera à mes côtés, il me tient par le bras.
Voila, nous y sommes, je sens la pression de sa main sur mon biceps, c'est à moi.
Coup de tête à droite "Me touche pas toi. Me touche pas tu vas me salir". Nous filons, le petit bonhomme m'a parlé, je n'ai pas entendu, il y a du monde, beaucoup de bruit, des journalistes, une bousculade.
Dehors, le type me pousse dans la voiture et me file l'enveloppe. Nous sortons en trombe. La voiture roule longtemps. Puis s'arrête. C'est Roissy ! Le type me pousse dehors, d'autres hommes m'entourent. Ce sont des policiers en civil. Nous nous engoufrons dans l'aéroport. Il n'aura pas fallu dix minutes, je suis maintenant assis dans l'avion, presque vide. J'ai un crayon, l'enveloppe fera bien l'affaire...
 
Epilogue,
Le 21, les journaux ont annoncé la décision du conseil constitutionnel de ne pas valider une partie de la loi sur la rétention de sûreté. Le Président de la république a chargé le premier président de la Cour de cassation d'une mission... (qui lui permettra de mettre en oeuvre les dispositions rejetées par le conseil ?). L'opposition et tout ce que le pays compte de démocrates a manifesté sa réprobation. L'émotion est grande, on reparle de "section spéciale".
Dimanche 23, incident au salon de l'agriculture...
En fin de journée, un sans papiers a fait l'objet d'une reconduite à la frontière vers son pays d'origine. Porteur d'une forte somme d'argent, il a été apréhendé par la police militaire à son arrivée.
Lundi, la polémique sur l'incident survenu au salon de l'agriculture, enfle. On ne parle plus de la loi sur la rétention de sureté...



Ce court billet constitue ma participation au Sablier du printemps, Jour 1.
L'origine de l'amorce provient d'un billet de TarValanion : Mediatisation,
Par Bille - Publié dans : défis
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